YIWEN N UXXAMIW

(English below)

L’exposition Yiwen n Uxxamiw (Une de mes Maisons), est un ensemble d'œuvres représentant les prémices d'une réconciliation entre deux cultures et identités distinctes, mais intimement liées par mon héritage culturel : l’une française et l’autre kabyle, amazigh d’Algérie. Ce périple artistique a établi les fondements de ma pratique, entrelaçant les thèmes de généalogie, féminité, symbolisme et de spiritualité.

Les oeuvres présentées dévoilent mon exploration et mon interprétation libre des pratiques artisanales traditionnelles et des rituels des femmes kabyles.

Les Kabyles ont longtemps modelé leur existence selon le modèle des civilisations agraires, où la vie humaine se fond harmonieusement dans le cadre naturel qui l’entoure. Leur art traditionnel est le reflet d'une spiritualité vivante chargée de symboles représentant leur environnement immédiat et leurs croyances. Il s'agit d'un artisanat ancestral et ancré dans la tradition locale.

Avant la colonisation française de l'Algérie, leur principal mode de communication était enraciné dans l'essence du taqbaylit, un terme qui désigne à la fois leur dialecte et la femme kabyle. Les femmes s'exprimaient également avec des idéogrammes appliqués sur la poterie, les fresques et les textiles, transmettant ainsi des messages ésotériques gardés par elles et pour elles. Gardiennes de la fertilité de la terre, elles portaient en elles les secrets de ces pratiques anciennes. Ma démarche consiste à mettre en dialogue les croyances et les symboles d’une féminité inhérente à un patrimoine en voie de disparition avec sa contrepartie appartenant à la société occidentale moderne.

Au sein de cette collection d'œuvres, je fusionne histoire et imagination, concret et magie. Visuellement, ce récit initiatique personnel met en scène deux femmes à la recherche de leur demeure dans un paysage aride. Elles incarnent les deux faces d'une même pièce, illustrant les paradoxes, tensions et contradictions qui animent un individu tout au long de sa vie, voire d'une journée. Leur parcours les confronte à des objets, une faune et une flore liés à leur passé, présent et futur. À travers différentes étapes, elles abandonnent certains objets et en adoptent d'autres, avançant lentement vers un lieu qui prend forme. La visite se conclue par la découverte de la maison tant recherchée, matérialisée dans une œuvre installative.

Les toiles sont accompagnées par des extraits de poèmes tirés du recueil Reines-compost, une œuvre co-écrite par Rosy L. Daneault et Camille Saint-Jacques Couture et publié aux Éditions du Noroît en 2023.

Cette association poétique tisse un lien subtil entre les deux femmes en quête de leur demeure et le monde foisonnant de Reines-compost. La poésie offre une profondeur nouvelle et particulière aux choix, aux pertes et aux découvertes des protagonistes. Les objets abandonnés et chemins adoptés par ces femmes  trouvent un écho dans les éclats du monde chantant évoqués dans le dialogue des autrices. Au sein de cet ensemble, chaque élément, qu'il soit visuel ou littéraire, contribue à forger une expérience artistique immersive.

The exhibition Yiwen n Uxxamiw (One of My Homes) is a collection of works representing the beginnings of a reconciliation between two distinct but intimately connected cultures and identities, both rooted in my cultural heritage: one French and the other Kabyle, amazigh people from Algeria. This artistic journey has laid the foundations of my practice, intertwining themes of genealogy, femininity, symbolism, and spirituality.

The presented artworks unveil my exploration and free interpretation of traditional and ritualistic artisanal practices of Kabyle women.

For a long time, the Kabyles shaped their existence based on the model of agrarian civilizations, where human life harmoniously blends into the natural surroundings. Their traditional art reflects a living spirituality loaded with symbols representing their immediate environment and beliefs. It is an ancestral craft deeply rooted in local tradition.

Before the French colonization of Algeria, their primary mode of communication was deeply rooted in the essence of taqbaylit, a term that refers to both their dialect and the Kabyle woman. Women also expressed themselves by affixing ideograms on pottery, murals, and textiles, thereby conveying esoteric messages kept by and for them. Venerated as guardians of the fertility of the land, they carried within them the secrets of these ancient practices. My approach aims to engage in a dialogue between the beliefs and symbols of a femininity inherent in a heritage on the verge of disappearance with its counterpart belonging to modern Western society.

Within this collection of works, I merge history and imagination, the concrete and the magical. Visually, this personal initiatory narrative stages two women searching for their dwelling in an arid landscape. They embody the two sides of the same coin, illustrating the paradoxes, tensions, and contradictions that animate an individual throughout their life, even within a single day. Their journey brings them face-to-face with objects, fauna, and flora linked to their past, present, and future. Through different stages, they abandon certain objects and adopt others, slowly advancing toward a place taking shape. The visit concludes with the discovery of the long-sought house materialized in an installation.

The canvases are accompanied by excerpts from poems taken from Reines-compost, a work co-written by Rosy L. Daneault and Camille Saint-Jacques Couture, published by Éditions du Noroît in 2023.

This poetic association weaves a subtle connection between the two women in search of their dwelling and the rich world of Reines-compost. Poetry provides a new and unique depth to the choices, losses, and discoveries of the protagonists. The objects abandoned and paths adopted by these women find an echo in the shards of the singing world evoked in the authors' dialogue. Within this ensemble, each element, whether visual or literary, contributes to shaping an immersive artistic experience.